Et si votre potager devenait votre petite zone bleue?

À mon retour de vacances, je sais déjà quelle sera la première chose que je ferai. Avant même de vider la roulotte, je vais aller faire le tour de mon potager.

Je vais soulever les feuilles des courges pour découvrir ce qui s’est caché en dessous pendant mon absence. Je vais vérifier si les tomates ont rougi, si les haricots ont profité de la chaleur et si une petite courgette parfaitement raisonnable s’est transformée en bâton de baseball!

Ce moment fait partie de mes petits bonheurs de l’été.

Pourtant, lorsque j’ai commencé mon premier potager il y a maintenant 12 ans, je n’étais pas du tout convaincue que quelque chose allait pousser. J’avais semé quelques graines ici et là en me disant que, si j’étais bien chanceuse, j’allais peut-être réussir à récolter un ou deux légumes. J’ai rapidement été impressionnée par la générosité de la nature.

Une toute petite graine peut devenir un plant immense et produire beaucoup plus de nourriture qu’on aurait pu l’imaginer. Avec les années, mon petit passe-temps est devenu quelque chose qui frôle maintenant l’obsession!

De février, lorsque je commence mes semis, jusqu’en novembre, avec les dernières récoltes et la préparation de mes recettes, je passe le plus de temps possible dans mon jardin. Et chaque année, il semble trop petit pour l’étendue de mes projets. Les bacs s’accumulent. Les variétés aussi. Il y a toujours un nouveau légume que j’aimerais essayer ou un projet à ajouter.

Mais au-delà du plaisir de récolter mes propres légumes, mon potager représente aussi une façon très concrète de prendre soin de ma santé.

Qu’est-ce qu’une zone bleue?

Les zones bleues sont des régions du monde où l’on observe une proportion particulièrement élevée de personnes qui vivent jusqu’à 100 ans et qui demeurent actives et en santé.

Ce qui m’intéresse dans leur mode de vie, ce n’est pas une recette miracle pour vivre jusqu’à 100 ans. C’est plutôt l’accumulation de petites habitudes qui font naturellement partie de leur quotidien.

Les gens bougent régulièrement, mangent beaucoup d’aliments végétaux, passent du temps avec leurs proches, ralentissent et entretiennent un sentiment d’utilité.

Lors de la rénovation de notre cour en 2023, j’ai dû détruire mon ancien potager. En le reconstruisant, je voulais créer un espace qui m’aiderait à intégrer certains de ces principes à mon propre quotidien. Je souhaitais pouvoir bouger naturellement, manger des aliments très locaux et consacrer du temps à une activité qui me fait réellement du bien.

Bouger sans avoir l’impression de s’entraîner

Jardiner demande beaucoup plus de mouvement qu’on pourrait le croire. Il faut marcher entre les plants, remplir les arrosoirs, transporter de la terre, s’accroupir, se relever, tirer sur les mauvaises herbes et essayer d’atteindre un légume caché sous trois énormes feuilles.

Il m’arrive de prendre des positions assez rocambolesques pour cueillir quelque chose sans écraser tout ce qui pousse autour! Un pied dans l’allée, l’autre entre deux plants, le tronc en rotation et un bras complètement allongé pour attraper une tomate qui semblait pourtant très facile d’accès…

C’est dans ces moments que je remercie ma pratique du yoga. La mobilité, l’équilibre et le contrôle que je travaille sur mon tapis me servent concrètement dans mon jardin. Cela me rappelle aussi pourquoi il est important d’entretenir nos capacités physiques.

Nous ne faisons pas des exercices uniquement pour réussir un mouvement pendant une séance. Nous les faisons pour être capables de vivre nos activités, de nous pencher, de nous relever et d’aller chercher une courge sans massacrer les poivrons qui se trouvent à côté!

Le but n’est pas de jardiner dans la position la plus difficile possible. Le but est de créer un environnement qui nous donne régulièrement envie de bouger.

Mettre les mains dans la terre fait aussi du bien à la tête

Lorsque je suis dans mon jardin, mon attention est dirigée vers ce qui se trouve devant moi. Je regarde ce qui a poussé. J’arrache quelques mauvaises herbes. Je découvre une nouvelle fleur ou un légume que je n’avais pas remarqué la veille.

Pendant un moment, je ne pense pas à ma liste de tâches ni à tout ce que j’ai à régler. Je suis simplement là, les mains dans la terre.

Lorsqu’on vit avec une douleur chronique, la douleur peut prendre beaucoup de place. Elle peut limiter certaines activités, influencer l’humeur et alimenter des pensées plus sombres.

Un potager ne fait évidemment pas disparaître la douleur. Mais il peut créer de petits moments de bonheur. La joie de voir apparaître la première pousse. La fierté de récolter sa première tomate. Le plaisir de préparer un repas avec quelque chose que l’on a fait pousser soi-même. Ces moments ne règlent pas tout. Ils nous rappellent toutefois qu’une journée ne contient pas uniquement de la douleur. Elle peut aussi contenir de la curiosité, de la fierté, du plaisir et un sentiment d’accomplissement.

Une façon agréable de manger plus de végétaux

Même les personnes qui ne trippent pas particulièrement sur les légumes peuvent être surprises par ce qui sort de leur propre jardin.

Un légume fraîchement récolté n’a pas le même goût qu’un légume qui a voyagé pendant plusieurs jours avant d’arriver à l’épicerie. Mais surtout, il ne procure pas le même sentiment. Lorsque vous mangez votre premier concombre, vous vous rappelez la petite graine, la fleur qui est apparue et les semaines pendant lesquelles vous avez surveillé le plant. Ce concombre est donc toujours le meilleur concombre au monde!

Est-il objectivement supérieur à tous les autres? Peut-être pas. Mais il est accompagné d’un ingrédient qu’on ne trouve pas à l’épicerie : une immense fierté.

Le potager peut ainsi nous donner envie de manger davantage de légumes et de varier notre alimentation. Il s’intègre très bien à une alimentation principalement végétale et anti-inflammatoire.

Ce n’est évidemment pas un légume précis qui fera disparaître la douleur chronique. C’est plutôt l’ensemble de nos habitudes alimentaires qui compte : davantage de légumes, de fruits, de légumineuses, de grains entiers, de noix et de graines, et moins d’aliments fortement transformés.

Vous n’avez pas besoin d’un immense terrain

Votre petite zone bleue peut tenir dans un bac surélevé, une jardinière ou même quelques pots sur un balcon.

Vous pouvez commencer avec un plant de tomates cerises, quelques laitues, des haricots, un plant de concombre ou des fines herbes.

La camomille et la sauge peuvent également être intéressantes dans un petit jardin. Elles demandent relativement peu d’entretien et peuvent être récoltées pour préparer des infusions.

Et la menthe? Elle est délicieuse, mais je vous recommande fortement de la garder dans un pot! Si vous lui donnez accès librement au jardin, elle risque rapidement de décider que tout le terrain lui appartient.

Une petite graine peut donner beaucoup plus qu’un légume

Ce que je retiens des zones bleues, ce n’est pas que nous devons tous déménager en Sardaigne ou reproduire parfaitement le mode de vie d’une autre population.

C’est que notre environnement influence les choix que nous faisons chaque jour.

Lorsque j’ai un potager devant moi, je bouge pour l’entretenir, je passe du temps dehors, je mange davantage de légumes, je ralentis et je prends soin d’un projet qui me tient à cœur.

Aucune de ces habitudes ne garantit que je vivrai jusqu’à 100 ans. Mais elles contribuent à une vie plus active, plus végétale et, surtout, plus agréable.

À mon retour de vacances, mon jardin ne sera probablement pas parfaitement ordonné. Il y aura des mauvaises herbes, des branches parties dans toutes les directions et quelques légumes devenus beaucoup trop gros.

Mais il y aura aussi des surprises. Et c’est exactement ce que j’ai hâte de découvrir.

Une petite graine peut nous donner beaucoup plus qu’un légume. Elle peut nous donner une raison de sortir, de bouger, de prendre soin de quelque chose et de vivre un petit moment de bonheur.

Bon jardinage!

Véronique Gagné
Kinésiologue spécialisée en douleur chronique